11.04.2011
PHOTO DU JOUR
"Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît!"
CONTRE LE PROJET DE LOI EN PSYCHIATRIE( projet de loi)
Manifestation pour le retrait de la loi sur les soins contraints du 9 Avril 2011
10/04/2011 Publié Le post-reportage sur place
Collectif des 39 Contre la Nuit Sécuritaire Meeting National Politique et Poétique Samedi 9 avril de 14h à 18h
« UN POUR TOUS ET TOUS CONTRAINTS »
Devant la statue de Pinel
47 Bld de l'hôpital 75013 Paris
En 1793, Jean-Baptiste Pussin, un ancien patient nommé surveillant et sa femme Marguerite ont amené Philippe Pinel, médecin-chef de Bicêtre, à retirer les entraves et les chaînes aux aliénés.
En 2011, l'Assemblée Nationale vote une surveillance et un contrôle à domicile des personnes malades sous camisole chimique. Avec ce parti-pris de la répression, les bracelets électroniques suivront. Deux siècles après, les chaînes sont de retour.....
Le projet de loi instaurant des « soins » sans consentement y compris en ambulatoire a été adopté à l'Assemblée Nationale et doit être examiné au Sénat. Nous devons amener les Sénateurs dans un sursaut républicain à bloquer cette loi.
Le collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire appelle à une large mobilisation pour faire barrage à cette loi honteuse qui transforme les soignants en police sanitaire et qui enlève leur humanité aux personnes malades.
La Folie n'appartient pas à la psychiatrie, l'Art parle d'elle, s'adresse à elle. C'est naturellement que de nombreux collectifs d'artistes, de peintres, de comédiens, de musiciens se joignent au collectif des 39 pour défendre l'humanité des personnes malades. Le combat pour une hospitalité pour la folie doit se mener aussi sur le terrain culturel et artistique. La folie est indissociable de l'humain, elle est fait de culture.
Tout au long de ce Meeting Politique et Poétique les prises de paroles et les performances artistiques se succéderont. Des patients, des familles, soignants, syndicats, politiques, philosophes, magistrats, membres du collectif des 39 et d'autres collectifs ou associations. Des musiciens (Ens'batucada et fanfare Aïouentounos du Collectif La Blanchisserie), des comédiens (Atelier Théâtre de la clinique de la Borde, Githec), des plasticiens (Stéphane Gatti pour la parole errante, le collectif Pouch'd). Et d'autres encore...
Tous sont engagés dans le mouvement d'une hospitalité pour la folie.
Le Githec (je ne suis pas sûr!)
Toutes les cinq minutes on a eu le droit à ceci:
Un peu bruyant, mais bon la sono était bonne
Le peintre Ulysse Borderias du groupe des 39 en action:
Atelier théâtre de la clinique Laborde:
Un peu de musique de l'Ens Batucada du collectif de la Blanchisserie pour se détendre:
Sketch du Centre Antonin Artaud de Reims
La photo des gentils organisateurs:
L'oeuvre du peintre Ulysse Borderias terminée:
A appliquer de toute urgence:
Enfin un petit panoramique pour se faire une idées:

"Les députés que nous avons élus viennent de voter une « loi » dont l'intitulé est : Droits et protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques. Mais, à en lire les prescriptions, comment ne pas être sidéré par la méconnaissance grave dont elle témoigne à l'égard de ceux qui sont désignés comme des objets psychiatriques. Cette méconnaissance est nécessaire pour justifier une obligation de soins ambulatoires chez un médecin qui devra accepter ces « objets » comme tels, sans pouvoir établir une relation thérapeutique confiante d'homme à homme. Ainsi est instaurée la disparition de toute pratique de soins autre que médicamenteuse. Il faudra donc vérifier que le médicament a bien été absorbé et, en cas de non observance, passer aux médicaments injectés.
Faut-il être aussi dans la méconnaissance de l'Histoire, qui pourtant nous avertit de ce dont les pouvoirs publics sont capables :
- Tout d'abord de recouvrir d'un énoncé vertueux qui n'est qu'un emballage-cadeau, une réalité destructrice.
- D'utiliser ce que la science porte en elle de référence à la vérité pour entraîner une adhésion aux mesures mises en oeuvre en les prétendant nécessaires scientifiquement. N'était-ce pas au nom de la génétique naissante et de la nécessité logique de maintenir l'équilibre du patrimoine génétique de l'humanité qu'à été très bien organisée et médicalisée l'extermination des malades mentaux dans un pays occidental proche et cultivé, au milieu du siècle dernier (Alice Ricciardi von Platen, L'extermination des malades mentaux dans l'Allemagne nazie, 1948 — Réédition et traduction, érès, 2001).
L'instauration de la prévalence de la décision préfectorale sur celle du psychiatre et du juge, celle d'un fichier psychiatrique et de cette contradictoire « obligation de soins ambulatoires » ont été le fait de la majorité de nos représentants nationaux la quinzaine dernière.
La maladie mentale (la folie) est ainsi stigmatisée car elle n'est plus reconnue comme partie prenante de l'humain mais désignée comme cause de criminalité.
Est-il vraiment nécessaire d'organiser l'élimination sociale des patients des psychiatres ?"
Françoise Coret, psychiatre, Strasbourg
LETTRE OUVERTE DES PATIENTS ET ANIMATEURS DE RADIO
CITRON ENVOYEE AUX DEPUTES ET AUX SENATEURS
La radio qui n'a pas peur des pépins !
Un projet de loi va vous être soumis à la mi-mars concernant la psychiatrie. En tant que patients et en tant qu'animateurs de Radio Citron, nous avons lu attentivement ce projet de loi et nous tenons à attirer votre attention sur différents points.
La substitution de la notion d'hospitalisation sous contrainte par la notion de soins sous contrainte représente pour le patient la menace d'être en permanence sous surveillance, même bien après la crise et jusque dans son espace privé. En cas de soupçon de discontinuité d'observance, le patient serait réhospitalisé d'office, ce qui équivaut à être une sortie d'essai à vie : c'est un contrôle insupportable.
Le fichage et la surveillance par un comité spécial dès l'hospitalisation d'office, en plus du psychiatre, à l'encontre du patient même stabilisé ou guéri, la décision d'un juge ou d'un préfet sur le placement, le prolongement et la levée de l'enfermement, la dénonciation des soignants auprès d'eux, le protocole de soins établi par le Conseil d'Etat, protocole stéréotypé et non personnalisé, l'accaparement des psychiatres à des fins
d'expertise auprès des juges au lieu des soins, les jours d'hospitalisation complète imposés pour débuter les soins, la suppression totale des sorties d'essai, l'agitation procédurière nuisant au patient, toutes ces mesures et bien d'autres encore dans ce projet sont démesurément sécuritaires.
Rappelons qu'un patient en psychiatrie n'est pas un délinquant, mais un sujet de droit, qui, pour un moment, peut avoir le discernement amoindri. Verrouiller encore plus l'hôpital psychiatrique, favoriser l'enfermement et la médication, considérer les personnes comme dangereuses, et à vie, n'est pas la solution à cette souffrance. C'est même pathogène.
Pourquoi donc nous enfermer, nous surveiller et nous contraindre pour une dangerosité supposée, quand
toutes les études menées démontrent que nous ne sommes pas plus dangereux que les autres ? Même, les malades psychiques sont 300 fois plus susceptibles d'être attaqués par des gens non malades, que l'inverse. L'événement qu'évoque Nicolas Sarkozy dans son discours d'Anthony en 2008 est l'exception. Alors pourquoi nous stigmatiser ? Et pourquoi vouloir soumettre cette loi en urgence, alors qu'elle est loin d'être anodine, et qu'elle est lourde de conséquences pour nous ?
En fait, cette réforme est complètement centrée sur une prise en charge autoritaire de la maladie psychique, contre la liberté individuelle et contre toute logique de résultat parce qu'elle ne prend pas en compte l'idée d'un
contrat responsable entre patient et psychiatre, et donc la possibilité pour le patient de négocier sa prise en charge librement avec les soignants, ce qui garantit l'observance du soin.
Les soins efficaces, qui laissent au patient la possibilité d'adhérer librement au soin et lui permettent donc d'être un je-sujet de son être, de sa vie, capable de penser sa maladie, la mettre en perspective, en comprendre la source de ce fait, la désamorcer en partie ou complètement, et éviter un éventuel passage à l'acte, les soins qui permettent le lien transitionnel avec les soignants, les soins humains, la parole, les entretiens, les activités sociales et créatives, ces soins efficaces ne sont pas soutenus par cette loi, au contraire elle les met en péril, contre toute raison. De plus, contraindre aux soins médicamenteux certains patients est si violent que
l'ambiance des unités de soins psychiatriques s'en trouvera détériorée. Poser un jugement de dangerosité et d'irrécupérabilité" sur un patient, c'est lui donner la sensation qu'il est traqué, par tous et partout, et favorise les passages à l'acte violents. Or les malades psychiques ont souvent subi une maltraitance dans leur jeunesse, source de pathologies. Car c'est par trop de souffrance que l'esprit cherche des solutions qui parfois génèrent des pathologies. Verrouiller encore plus l'hôpital psychiatrique, l'enfermement et la médication, les considérer comme dangereux, à vie, n'est donc pas la solution à cette souffrance.
Cette loi nous propose d'aller mal, à vie. Elle est totalement contre-productive. Qui y gagne ? Ni les malades, ni la société, ni la sécurité.
Déjà, nous connaissons depuis quelques années une augmentation des hospitalisations d'office, pas parce que nous sommes plus dangereux ou plus nombreux à être malades, mais parce que beaucoup de structures de proximité, intermédiaires, qui accueillaient la parole des patients, on été fermées, alors qu'elles constituaient un véritable outil de prévention des risques et dont se saisissaient les patients. Celles qui restent manquent de moyens, de personnel, les attentes pour des rendez-vous sont dangereusement longues. Telle structure a vu en quelques mois son nombre d'hospitalisations d'office être multiplié par... 10 ! Par 10 ! Alors que les pathologies restent les mêmes. Que se passe-t-il ? Le préfet semble signer l'enfermement à tour de bras, comme le psychiatre, mais hésite à signer les levées : ils ont peur d'être jugés trop laxistes... non pour le bien du patient, ni pour celui de la société ! Voici des conséquences déjà visibles de l'esprit de cette loi.
Toute hospitalisation d'office est toujours extrêmement violente pour le patient. Tous nos témoignages personnels sont terrifiants. Nous en gardons un traumatisme à vie. L'hospitalisation doit de toute façon être soigneusement réfléchie et durer le moins possible. Or ce n'est pas du tout le sens de cette loi.
Si le grand public et notre entourage sont amenés à penser que nous sommes dangereux au point de nous contraindre, de nous enfermer à ce point, de nous contrôler à ce point, de nous "judiciariser" et qui plus est, d'urgence, quelle image de nous et quelle réaction vont-ils avoir ? Et nous, quelle image pouvons-nous avoir de nous-mêmes ? Et vous, si vous craquez ? Comment va se comporter une population persuadée que tous les malades sont dangereux, ou que tous les dangereux sont enfermés ?
Aussi, dans un souci d'efficacité des soins, comme dans un souci d'une société capable de se pencher avec raison sur les véritables dangerosités dans notre vie à tous, dans un souci de justice et de justesse, nous refusons chaque terme de cette réforme. Ces actes risquent d'être perpétrés en votre nom, en notre nom.
Ne sacrifions pas des citoyens qui souffrent, qui se battent individuellement pour se soigner, et toute
la profession qui avait tant progressé pour le bien de toute la société. Nous souffrons de ce projet. Nous faisons peu de bruit parce que nous sommes surtout occupés à tenir et nous soigner. Mais nous sommes là, nombreux, à vouloir nous soigner correctement et rester citoyens libres et responsables.
Ne nous enfermez pas dans des hôpitaux-prisons, dans une image terrible, dans des contraintes et des protocoles de soins stéréotypés, par peur ! Au nom d'un principe illusoire de précaution. Aidez-nous, au contraire, car nous souhaitons aller mieux, souffrir moins et avoir notre place, utile et légitime, dans notre société.
Mesdames et messieurs nos Députés et sénateurs, vous nous représentez, nous vous demandons de pop voix et notre refus légitime de cette loi, lors du débat au Sénat.
Veuillez recevoir nos salutations citoyennes.
Les patients et animateurs de radiocitron.com
Mardi, vote sur la loi réformant les soins sous contrainte!!!
Pourtant, la semaine a été riche en contestations. Il y eut d'abord la manifestation des praticiens et patients le jour même où les députés entamaient l'examen du projet de loi, l'appel à la grève de tous les syndicats de psychiatres publics et enfin, révélé vendredi par Libération, l'avis très clair du contrôleur général des lieux de privations de liberté, sur l'hospitalistion sous contrainte: «Au regard des droits de l'homme, la situation est inquiétante et elle s'aggrave.»
En matière de psychiatrie, une telle convergence d'alertes est assez rare pour être soulignée.
La manifestation d'abord. Ils étaient quelque 400 mardi 15 mars, face à l'Assemblée nationale pour protester contre ce texte de loi «relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques, et aux modalités de leur prise en charge». Une manifestation initiée par le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire filmée et photographiée par quelques abonnés de Mediapart. Voici une compilation de ces témoignages recueillis après que le rapporteur du texte, le député Guy Lefrand, a reçu une délégation.
Malgré l'adoption de la loi en toute vraisemblance, les opposants ne désarment pas: «contre ce grand enfermement» une nouvelle manifestation aura lieu le 9 avril prochain, devant la statue de Pinel, face à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Philippe Pinel... le médecin qui peu après la Révolution française œuvra pour l'abolition des chaînes qui liaient les malades mentaux et, plus généralement, pour l'humanisation de leur traitement.
L'humanisation des traitements est très précisément ce que réclame le contrôleur général des lieux de privatisation des libertés. Dans un timing parfait, son avis sur l'hospitalisation d'office fut révélé par Eric Faverau dans Libération du 18 mars avant de paraître au Journal officiel (le voici ici, en format PDF –5 pages– et on peut lire là, son avis sur l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police).
Les mots de Jean-Marie Delarue sont sévères: on y retiendra ici que, critiquant la politique de courte vue qui peut avoir «des effets inverses à ceux recherchés», il constate que de plus en plus d'établissements sont fermés et interdisent de fait aux patients hospitalisés avec leur consentement – et parfois même à leur demande – «de sortir librement, même pour se promener dans un parc». Il estime que la moindre des choses serait «que le malade libre ait au moins le choix entre unité ouverte et unité fermée». (Pour entrer plus dans le détail du texte, lire ce billet dans Mediapart.)
«C'est le grand retour de l'enfermement qui caractérise désormais ces lieux de soins», précise Jean-Marie Delarue dans Libération. Voilà plus de deux ans que les psychiatres, psychologues, infirmiers... rassemblés dans Collectif des 39 alertent. Mais demain, mardi 22 mars, la loi sera votée dans l'après-midi.
Pour ceux qui voudraient revenir sur les enjeux de cette loi, voici une brève revue de presse de la semaine sous forme de choix d'articles (et non de tribunes) parus dans les médias nationaux et encore disponibles sur le net (j'en ai sans doute oublié, n'hésitez pas à compléter!):
- Libération: Psychiatrie: le rapport qui accuse ; «Donner un cadre aux soins sans consentement» (interview de Guy Lefrand, député UMP, rapporteur du texte) ; et La psychiatrie refuse la loi de la peur
- Le Nouvel Observateur «Le projet de loi sur les soins psychiatriques est un retour à l'asile»
- L'Humanité: Psychiatrie : enfermer à tout prix
- Le Monde: Le projet de loi sur les soins psychiatriques suscite une forte opposition ; Isabelle Montet : « La psychiatrie a besoin d'une loi globale et non d'une réforme sécuritaire » ; A l'hôpital psychiatrique de Clermont, la crainte d'un virage sécuritaire
- Le Figaro : Psychiatrie : loi de soin ou loi liberticide ?
Et dans le journal de Mediapart: La psychiatrie mobilise contre la réforme des soins sous contrainte
Projet de loi psychiatrique: c’est l’âme qu’on assassine dans Libération 16 mars
Des patients à l'hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu à Lyon, le 18 décembre 2006. (© AFP Jean-Philippe Ksiazek)
Seule une petite poignée de lettres sépare «hospitalité» d’«hospitalisation», deux termes nés d’une même nécessité, déclinant un même geste: l’accueil. Selon les manifestants réunis le 15 mars devant l’Assemblée nationale, le projet de loi qui y était examiné le soir même met à mal cette notion partagée. Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire ainsi que les syndicats de l’ensemble de la profession, quelques patients et associations de familles de patients s’étaient donc rassemblés pour crier, chanter, mimer leur totale opposition à ce texte reposant, à leurs yeux, sur une mystification. Là comme ailleurs, il s’agirait d’attiser les peurs, de distiller l’idée d’un danger et, face à lui, d’instituer une réponse unique consistant essentiellement à contraindre, à mater. Une illusion, dénonçait le collectif devant une foule somme toute clairsemée et déjà convaincue.
L'élan qui a présidé au projet de loi «relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge» prend racine dans un amalgame entre folie et criminalité, distord en ce sens les chiffres, les données, le contexte professionnel, bref le réel. Au lendemain de faits divers certes tragiques mais isolés, au nom d’un péril aux contours flous, on rogne sur la liberté, on étend le fameux principe de précaution, cette maladie de notre temps. Plus précisément, on glisse de la notion d'hospitalisation sous contrainte à celle de soins sous contrainte. Résultat : le patient peut être soumis à une surveillance jusque dans son espace privé.
Gomme chimique
En rendant possible l’obligation de « se soigner », même à domicile, on prend le risque de rompre le lien nécessaire et fragile entre le patient et la profession, qui ne serait plus là pour aider, mais pour faire respecter l’« ordre ». Par quels moyens administratifs, judiciaires, voire policiers ? Le texte ne le précise pas. Par ailleurs, l’institution d’un délai de 72 heures durant lequel on pourra maintenir l’hospitalisation d’office d’un malade sans statuer sur son état, sans se poser la question du bien fondé de l’internement permet une sorte de garde à vue sanitaire qui risque de se transformer en « contention chimique ». Mystification, affirment encore le collectif et tous les signataires de la pétition (plus de 20 000) : le traitement chimique, souvent utile, ne soigne pas. Il fait taire. La folie, martèlent les opposants au projet, ne se réduit pas à un danger qu’on pourrait éradiquer en soignant, sous la contrainte s’il le faut ; autrement dit, en effaçant à la gomme chimique son expression.
Selon Patrick Chemla, membre du collectif des 39, « on devrait interdire pour meurtre d’âme toutes les volontés d’abrasion du délire ». On le sait depuis des décennies, la folie dit l’homme, le révèle, l’invente autant que les manifestations de la norme et sans doute avec une plus grande vitalité, la puissance de tout jaillissement. La plupart du temps, le psychotique a besoin qu’on soigne sa souffrance, qu’on accompagne sa différence, lui aménage une place et non qu’on détruise ce qui le fait lui. Il a besoin d’être entendu et accueilli dans son intégrité, non qu’on le musèle, non qu’on le fasse disparaître ainsi qu’on s’y ingéniait aux temps obscurs des asiles et du confinement censé parer à la honte.
Discrédit
La relation psychiatre/patient est fondée sur la confiance. Elle s’épanouit dans un espace et une durée où s’échangera ce que chaque situation, chaque personne présente de singulier, où se déploiera ce qu’Hervé Bokobza, le porte-parole des 39 appelle « la poésie ». Dans l'enfermement systématique, la contention ou le traitement forcés et donc violents résident toujours une menace accrue d’explosion, de rupture brutale du lien. C’est aussi ce lien psychiatre/patient qu’on entame en confiant au juge des libertés, ainsi que l’a exigé le Conseil constitutionnel, le soin de valider toute prolongation de plus de quinze jours d’une hospitalisation d’office. On prétend protéger les droits de l’individu mais on insinue du même coup que le psychiatre n’est pas nécessairement bienveillant. Insidieusement, on invalide sa capacité à exercer son expertise dans l’intérêt du patient ou de l’ensemble de la société. Ou alors, il faudrait qu’il garantisse seul et parfois contre l’avis du préfet un illusoire et symptomatique risque zéro.
Bien sûr, on doit écouter le désarroi des familles de patients, leur besoin de prévenir autant que possible, de confier – de partager, donc – les interrogations, les doutes, les difficultés. On doit constater l’état de délabrement du système psychiatrique et l’inquiétude de la profession, qui attendait de ce texte une réflexion profonde, y voyait l’occasion d’une concertation d’autant plus nécessaire que les voix en sont multiples et parfois carrément dissonantes. Il y a quelque chose d’absurde et de tragique à voir le débat se poursuivre dans l’hémicycle avec la quasi-certitude de l’issue : l’adoption de ce texte confus, essentiellement sécuritaire, tandis que ceux qui devront le porter, l’appliquer y sont unanimement et farouchement opposés. On butte là, une fois encore, sur le mépris et l’arrogance devenus la marque de fabrique et, à mon sens, d’infamie du pouvoir en place.
MANIFESTATION DEVANT L'ASSEMBLEE NATIONALE A PARIS le 15 mars! L'équipe de Radio Citron ( voir lien) et le collectif des 39 ont été reçu par quelques députés! Tout n'est pas perdu!
CONTRE CES LOIS QUI ENFERMENT! UNISSONS NOUS TOUS! CITOYENS! PATIENTS! SOIGNANTS!
Ci-dessous article de Médiapart et aussi clicker sur "COllectif des 39" La nuit sécuritaire pour plus d'infos...
"Le schizophrène n'est pas dangereux. Il suffit de connaître un seul chiffre pour savoir que la violence n'est pas la caractéristique de la maladie mentale: «Seuls 2,7 % des actes violents sont commis par des personnes souffrant de troubles psychiatriques», est-il écrit dans le rapport Violence et santé mentale, remis en 2005 au gouvernement après le meurtre d'une infirmière et d'une aide-soignante à Pau en 2004. Entendre que 97% des actes violents sont commis par les autres et que si l'on veut vraiment «protéger la société», ce n'est donc pas envers les fous qu'il faut prendre les mesures les plus coercitives.
C'est pour faire entendre cela, pour faire comprendre que logique sécuritaire et soins psychiques sont antinomiques, qu'une mobilisation sans précédent se déploie depuis plusieurs semaines, contre le projet de loi réformant les soins sous contraintes.
Ce projet de loi, adopté en janvier en conseil des ministres, doit être discuté à partir du 15 mars à l'Assemblée nationale. Ce jour-là, tous les syndicats de psychiatres publics (IDEPP, SPH, SPEP, USP) appellent à la grève; une manifestation organisée par le Collectif des «39 contre la nuit sécuritaire», rejoint par de nombreux syndicats, associations et partis politiques, est prévue de 16h00 à 20h00 à Paris devant l'Assemblée nationale; et la pétition mise en ligne notamment sur Mediapart le lundi 28 février par le Collectif des «39» a déjà recueilli plus de 20.000 signatures. On y trouve celles de Stéphane Hessel, d'Edgar Morin, celles de l'ancien ministre Jack Ralite, du fondateur de la clinique de La Borde, Jean Oury, du magistrat Serge Portelli, et celles aussi d'«un accordeur de piano, un schizophrène, un premier adjoint à la mairie de Choisy-le-Roi, un candidat à la primaire Europe Ecologie, un candidat à la primaire socialiste, un secrétaire national du Parti de gauche, une agent d'escale d'aéroport, un chanteur lyrique...», relève un signataire. Une mobilisation exceptionnelle pour la profession, rejointe dans sa demande de retrait du texte par le Syndicat de la magistrature
Il faut dire qu'il y a de quoi s'inquiéter. Car sous ce titre anodin, ce projet de loi «relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques, et aux modalités de leur prise en charge», est un texte qui semble davantage écrit par le ministère de l'intérieur que par celui de la santé. Il n'y est question que d'enfermement, de surveillance, de renforcement du pouvoir du préfet. Mais de soins psychiatriques, pas une trace, pas un mot. «Cette loi, c'est le retour à l'asile sans les murs, estime Marc Grohens, psychiatre au sein de l'hôpital Paul-Guiraud à Villejuif, elle déplace le champ de la psychiatrie du côté du surveiller et punir.» Pour reprendre les termes du Collectif des 39, avec cette loi, «le contrôle social généralisé de la normalité des comportements va remplacer l'accompagnement bienveillant des personnes en souffrance psychique».
Connaissant les intentions de Nicolas Sarkozy, ce n'est pas très surprenant."
La folie concerne tout le monde
Un ouvrier peut être fou, un patron, ça va de soi. Une femme peut être folle, un homme n’en parlons pas. Un administrateur, un banquier, un fonctionnaire, un artiste, peuvent être vraiment fous. Quant aux hommes politiques, personne n’en doute (et passe l’image de Kadhafi, qui en recouvre bien d’autres, bien d’autres). Un bébé peut être fou, un adolescent, une femme de 30 ans, un homme très âgé, un mourant.
La folie traverse toute la société. Est-ce à dire que la folie est un virus, qui se refile, qui se transmet ? On essaie de nous faire peur en avançant ce genre de notion et de catégorie matraque comme «schizophrène dangereux». Mais la folie est un possible pour tout être humain, et il faut prendre les mots au sérieux. Est «fou» ce qui est «pas normal», et aussitôt la question rebondit : «normal» c’est quoi ? Qu’est-ce que c’est, vivre normalement ? Accepter la réalité ? Quelle réalité doit-on accepter ? Jusqu’où faut-il accepter la réalité ? Est-ce que vouloir changer la réalité, c’est être fou ? Pour Sigmund Freud, la santé mentale, c’est être suffisamment névrosé pour tenir compte de la réalité, et suffisamment psychotique pour vouloir la transformer.
En somme, la folie questionne la société tout entière et chacun en particulier. Or la démocratie est un régime où la norme est, peut être, sans arrêt questionnée, remise en cause, c’est un régime qui reconnaît, en principe, les conflits, et permet, en principe, leur élaboration. Le conflit va toujours avec de l’angoisse, et on peut refuser le conflit par peur de l’angoisse. Mais, à ce moment-là, on choisit : zéro angoisse (croit-on), zéro risque, zéro pensée, zéro vie. Et, sous le calme plat, la violence de l’ordre, de ce qui semble normal (à qui ?) à un moment donné (lequel ?). Est-ce normal de faire travailler les enfants ? De travailler cinquante heures ? De travailler à la chaîne ? Et la démocratie est toujours gravement menacée par le suivisme de la norme, par le conformisme, la convention. C’est une vraie menace parce qu’il y a une vraie possibilité de destruction : on n’a pas le choix, il faut penser, agir, de telle façon et non de telle autre, il faut surtout ne pas penser et ne rien faire. Zéro conflit, zéro vie. Le conformisme, c’est une façon d’intérioriser la répression et la peur. Big Brother vous surveille, et vous êtes d’accord.
Et le conformisme va toujours avec une vision naturaliste, déterministe, explicative, définitive, fermée. On est comme ci ou comme ça parce que : la famille, la catégorie sociale, les gènes, la biochimie. Mais il n’y a pas de «nature» humaine, prendre au sérieux l’être humain c’est tenir compte du possible, de la folie, c’est prendre au sérieux que certains voient des géants là où d’autres ne voient que des moulins à vents, que certains voient une baleine blanche là où d’autres ne voient rien, que certains voient un cafard à la place du fils… ou des nénuphars dans le ciel… ou des cieux de toutes les couleurs, etc. La réponse à ces «folies» peut évidemment être, et a souvent été : le ridicule, le feu, le bûcher, l’enfermement, l’opération, la lobotomie, la camisole chimique, l’abandon pur et simple.
Les 39 contre la Nuit sécuritaire appellent à manifester le 15 mars contre un projet de loi qui va dans le sens de la répression, de l’intériorisation de la norme, de la mise à l’écart de la folie comme dimension humaine. Nous y serons.
Signataires : Leslie Kaplan écrivaine, Nurith Aviv cinéaste, Lise Beaulieu monteuse, Raymond Bellour écrivain, Fréderic Léal écrivain, Rosie Pinhas-Delpuech écrivaine, traductrice, Guy Girard réalisateur, Frédérique Loliée metteuse en scène, Paul Otchakovsky-Laurens éditeur, Claude Régy metteur en scène, Joshka Schidlow critique de théâtre, Xavier Person écrivain, Elise Vigier comédienne et metteuse en scène et Catherine Weinzaepflen écrivaine.
PETITION POUR LA DEFENSE DE L'HÔPITAL PUBLIC!!!
http://www.petition-mdhp.fr/
L'heure est grave en france...le rouleau compresseur continue...
SOUTENIR LES MAGISTRATS ! Le mépris de notre gouvernement est intolérable: tous les domaines essentiels qui forment notre République sont touchés, piétinés en insultes mais aussi concrétement écrasés par des suppressions de postes! SANTE, JUSTICE, EDUCATION!!! Toutes les institutions qui forment les Hommes et les citoyens de demain sont bafouées, réduites à "être plus efficace". Notre cher Président et ses convives ne nous invitent pas au souper de la jet set mais nous invite à penser comme eux: entreprise! Assurance! PRIVATISATION! C'est honteux et mes chers collègues je vous invite à la désobéissance quotidienne comme bien d'autres mouvements et associations! Si nous n'avons pas fait notre révolution pendant la manif des retraites, s'il faut attendre 2012 avant de respirer et remonter à la surface...pour éviter des dégats et conséquences tragiques: disons NON...au quotidien à ces protocoles, ces folies inhumaines, ce morcellement qu'on cherche à faire de notre monde! NON...restons humain et c'est NON...quand ça vous parait trop absurde, incohérent...ne pas céder et c'est quand vous voulez la gréve et même quelque chose de plus musclé...en attendant NON aux cons, NOn à la destruction de la SANTE, JUSTICE et EDUCATION en France!
ENVOYEZ LA VÔTRE À NOTRE ADRESSE: planvigiliberte@hotmail.fr NOUS VOUS PUBLIERONS!
Ca continue ! Injustice quand tu nous prend ! Qui séme le mépris récolte la colère du peuple!
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13.10.2010
LE BOUT DU TUNNEL...
22:57 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.10.2010
MANIF
23:34 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



